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Rencontre
du troisieme genre.
Par
Pierre Tiessen - 27/06/2002
Pour
la première fois, Cristall, reine des nuits transsexuelles,
s’apprête à suivre le cortège gay. Une occasion de faire entendre
les voix de centaines d’incompris.
Lire
Deux heures du matin à Pigalle, la communauté transsexuelle
attend sa muse. " Cristall est toujours comme ça. Impossible
d’être à l’heure, c’est une vraie star ", souffle Gérard,
homme-clé des soirées trans. Mais d’un coup, la star se fait
annoncer.
Gérard se presse aux barrières des Folies. " Tu es magnifique,
ma chérie ". Du haut de son mètre quatre-vingt, Cristall fait
une entrée fracassante aux bras de quelques " copines ". Plus
tard, sur scène, l’ambassadrice d’Escualita – association
du " 3ème genre " - enflammera un parterre survolté. A 30
ans, cette péruvienne d’origine est devenue la véritable porte-parole
d’une communauté inhibée, encore victime de multiples ségrégations.
Mieux, elle anime depuis deux ans l’incroyable soirée " élection
miss transsexuelle " de l’année.
Un événement qui vise à légitimer un courant par trop incompris.
Rattachée depuis cette année à la gaypride, la communauté
transsexuelle veut ainsi, par la voix de Cristall, faire entendre
ses droits. Rencontre dans les coulisses des Folies Pigalle.
Que
peut représenter un événement comme la Gay Pride pour une
transsexuelle ?
Cristall
Lucéro : C’est évidemment très important. Pour la première
fois de son histoire, cette parade va accueillir des transsexuelles.
Nous sommes encore trop souvent victimes de discriminations
et le fait de défiler, j’espère, va faire évoluer les mentalités.
Etre présentes à la Gay Pride, c’est aussi fêter librement
notre sexualité.
Avez-vous
peur de vous afficher ainsi ?
Disons que nous sommes obligées de nous afficher surtout la
nuit et lors de soirées à thème. A présent, nous avons besoin
de reconnaissance et de montrer à tout le monde que nous sommes
des gens comme tout le monde.
Quel
regard porte la communauté gay sur les transsexuelles ?
C’est
justement dans le milieu homo que nous souffrons le plus.
Pour eux, nous sommes des folles trop exubérantes. Certes,
les hétéros nous montrent du doigt, les flics nous harcèlent
mais trop d’homos ne nous supportent absolument pas.
Qu’est-ce
qui, d’après vous, attire autant d’animosité ?
Nous
sommes trop souvent cataloguées comme des filles obligées
de se prostituer pour vivre et c’est peut-être ça que les
gens n’arrivent pas à comprendre. Mais c’est en partie la
réalité. De nombreuses filles sont en effet tellement victimes
de discriminations qu’elles n’ont malheureusement d’autre
choix que de se vendre.
Comment
comptez-vous donner plus d’écho aux transsexuelles ?
Nous
sommes en train de monter une association ouverte à tous -
y compris les non-transsexuelles - qui défendrait le droit
des filles. En France, il n’existe malheureusement aucune
structure d’écoute et de soutien pour les filles. Nous espérons
également que l’élection de Miss transsexuelle prenne de l’importance…
Vous
allez justement célébrer la deuxième édition. Quel en est
le fonctionnement ?
Nous avons en fait sélectionné une quinzaine de filles pour
une grande soirée samedi à l’Elysée Montmartre durant laquelle
nous allons désigner la miss de l’année. C’est très important
pour nous toutes. Il faut montrer que la transsexualité est
autre chose que la prostitution. Les gays et les lesbiennes
ont gagné en partie leur combat. A nous à présent d’être respectées
!
Photos
: tous droits de reproduction et de représentation réservés.
© (2002) Agence France Presse et escualita.com
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