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Wild side en DVD



ginaux, une transexuelle et ses deux amants, "Wild Side" tisse une histoire
d'amours et de famille bouleversante, d'où le voyeurisme est totalement
absent. On est loin du "Tiresia" de Bonnelo, nul drame divin ici, mais toute
la complexité humaine de trois personnages unis dans un fragile équilibre.
Loin de tous les clichés attendus, l'élévation, elle, est belle et bien là.

Wild Side est un petit miracle en soi : partant d'un scénario qui accumule
les situations « plombées » (une histoire d'amour entre une prostituée
transexuelle, un jeune beur borderline et un émigré russe, leur voyage dans
le Nord de la France où la mère de la première se meurt), le film parvient
pourtant à s'envoler, à s'extraire du constat social, secondaire, pour
s'attacher à des individus complexes et touchants, car touchés par une
certaine grâce.

La comparaison avec le film Tirésia de Bertrand Bonnelo est révélatrice :
alors que les deux films partagent comme sujet principal du récit une
transexuelle, et comme moyen de la cerner une forme de grâce, Bonnelo
représente au maximum le mythe, l'abstraction, sans vouloir oublier le
corps. D'où le contre-sens fondamental du passage par le médical et les
hormones, qui désamorce le caractère du mythe, nie son implacable
inhumanité. Dans Wild Side , la transexualité de Stéphanie est révélée dès
les premières images. Le sexe étant « mis à jour », il libère le récit de sa
présence, et ce ne sera que dans le rapport à sa mère que la question
inévitable de la transformation se retrouvera.

La grande beauté du film tient ainsi à sa manière subtile de nous replonger
par bribes dans le passé de Stéphanie, pour tracer un portrait en pointillé.
En retrouvant sa mère, qui l'appelle toujours Pierre, le film aborde
« l'avant », mais sans tomber dans un système de cause à effet. Nulle
explication à tirer, pas de cause évidente, car l'évidence se trouve
ailleurs dans le film, à travers la sensualité des corps de ce trio
amoureux. Sébastien Lifshitz ne tente pas de comprendre ce corps
cinématographique unique par les mots, mais par le cinéma, par le regard
profondément compréhensif, au sens de prendre avec soi, qu'il porte sur eux.

Emmené par un trio d'acteurs impeccables, Wild Side réussit là où le cinéma
français échoue trop souvent : un scénario construit autour des personnages
(et non l'inverse), des acteurs dont la présence insuffle une véritable
énergie « brute » aux plans. Le premier talent de Sébastien Lifshitz est
ainsi d'avoir su trouver ses acteurs, mi-professionnels, mi-non, en
particulier sa Stéphanie, une véritable transexuelle dont le charisme
impressionnant semble naître autant de sa grande beauté que de sa fragilité.

Mais surtout, Lifshitz semble ici atteindre une maturité certaine de
réalisation. Epaulé par la grande Agnès Godard (une des chefs op les plus
brillantes de l'hexagone), il filme ses trois personnages avec un amour et
une tendresse qui les subliment. D'une très grande beauté plastique, Wild
Side ne cesse, dans un même mouvement contradictoire, de se rapprocher au
plus près de ces vies douloureuses tout en s'élevant progressivement vers un
sentiment d'apaisement.

On pense souvent à un certain cinéma américain, qui a su si bien filmer les
individus marginaux sans jamais en faire des symboles ou des clichés. En les
aimant, tout simplement. Wild Side se situe là, à une distance toujours
sensible et juste des corps et des personnes. Un film qui cherche la marge,
pas pour s'y perdre, mais bien plutôt pour s'y retrouver.

Wild Side
Un film de Sébastien Lifshitz
Avec Stéphanie Michelini, Yasmine Belmadi, Edouard Nikitine, Josiane Stoleru
Sortie nationale le 14 avril 2004

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Une scène du film "Wild Side"a été tournée à Escualita