Escualita c'est tous les dimanches soirs!

Melany, reine des transsexuelles

"Elle n'a rien à envier à Miss France", tranche Fouad , l'organisateur de l'élection.

Trophée.
Mensurations de rêve, chairs sculptées pour les fantasmes, les "filles" montrent leur corps mais cachent leur âme. Dimanche soir, 0 h 30, haut de la rue des Martyrs (Paris, 18° arrondissement). Une soixantaine de personnes piétine devant le Divan du Monde. A l'intérieur, une foule compacte se presse au pied de la scène. "Elles sont vachement belles", hurle dans son portable une jeune fille à une amie restée dehors. Et pour cause. 90-60-90, des mensurations de rêve juchées sur talons aiguilles.
Les filles qui prétendent ce soir au titre de Miss transsexuelle 2001 exagèrent volontiers leur féminité. Dans la loge exiguë, très éloignée des plateaux télévisés de la compétition homonyme organisée par Geneviève de Fontenay, c'est l'euphorie. Fous rires, nudité, impudeur, les filles se scrutent, exhibent leur corps comme un trophée.

Flagornerie
"Je suis belle ?" demande une jeune Tahitienne, string blanc tressé, quasi transparent, apposé sur des fesses rebondies. Difficile de ne pas succomber à un peu de flagornerie. Douze candidates se disputent le titre de Miss transsexuelle. Quasiment autant de nationalités, avec une forte préséance du continent sud-américain : Colombie, Equateur, Venezuela et bien sûr Brésil.
Résultat dans les loges, la langue non officielle, c'est l'espagnol, mâtiné de portugais, saupoudré d'un peu de français. Un cocktail explosif, rarement compréhensible.

Mains baladeuses
2 heures du matin. Elisabeth, présentatrice de la soirée, également transexuelle, s'empare du micro : "Bienvenue dans un monde transgenre !" Elle décrit les filles, qui défilent une à une en maillot de bain, premier passage obligé. La foule exulte, en liesse. Miss Thaïlande apparaît, longiligne, poitrine provocante, un corps entièrement refait, sculpté par les fantasmes. De près, la chair porte encore les stigmates de la transformation. L'âme, sans doute, n'est pas en reste. Mais impossible d'en savoir plus : "Ce soir, c'est la fête, note fête." 3 heures. Le défilé est terminé. Les jurés tentent de délibérer, un verre à la main. Le public, hybride, jeunes beurs athlétiques, couples endimanchés, clubbers acharnés, gays et lesbiennes se croisent, se parlent parfois. Les transsexuelles sont largement sollicitées, ouvertement draguées par des jeunes gens entreprenants aux mains baladeuses. Il est 4 heures. Elisabeth remonte sur scène, le résultat tombe : la jeune Tahitienne, Mélany, coiffe le diadème. "Franchement, elle n'a rien à envier à Miss France", glisse Fouad, l'oganisateur de la soirée.

Eric Juhérian


Retour aux articles disponibles