La première question qui vient à l’esprit, c’est comment une personne si effacée a t’elle pu oser se présenter à un concours de miss ?
Et le gagner ! Car jusqu’au 31 mai 2003 (date de la prochaine épreuve qui se déroulera au Divan du Monde ), Angel est la « miss Escualita 2002 »
, c’est à dire la miss transexuelle hexagonale.
A écouter cette grande brune de 21 ans, originaire de Tahiti, on saisit que cette délicieuse timidité a joué plutôt comme un atout, renforçant le côté naturel d’une féminité déjà si évidente.
Se singularisant, par là même, dans un milieu où règnent facticité et exhibitionnisme exacerbé.
" Toute seule, je n’aurais jamais eu l’audace de concourir. C’est David, mon compagnon, qui m’a encouragé à le faire "
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Le dit David est commerçant de son état, gérant d’une boutique de fringues « fashion », dans le XX ème dans laquelle officie également Angel.
Grâce à lui, elle se distingue également de ses congénères du troisième sexe en ne travaillant pas au bois de Boulogne.
« De toute façon, on a pas souvent le choix ! Que voulez-vous que nous fassions, nous les transexuelles, qui assumons pleinement notre féminité alors que pour l’état-civil,
officiellement, nous sommes toujours cataloguées comme des hommes ? Pour beaucoup d’employeurs, cette situation n\’est pas évidente à gerer ! »
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Seule solution qu’Angel envisage à terme : entamer des démarches pour changer d’identité auprès de l’administration.
« C’est possible mais c’est long, coûteux et pénible car il faut passer devant des médecins et des psychologues »
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C’est pour oublier ces à mille tracasseries de la vie quotidienne qu’elles se retrouvent pour faire la nouba à « Escualita », tous les dimanches soirs a la LOCO ( à coté du moulin rouge ), seul lieu de rencontre de cette communauté,
unique soirée parisienne qui, depuis trois ans, transcende les genres, les sexes et les tribus.
Une soirée anti-ghetto par excellence, mélange surréaliste et interlope de folles allumeuses, de clubbers allumés, de femmes équivoques, de loulous de banlieue et de touristes égarés aux yeux
écarquillés, sidérés par une telle faune.
Bref, une soirée rare et salutaire. Notamment pour Angel. Débarquant de Papete, il y a trois ans, elle ne connaissait quasi-personne dans la capitale.
" Les deux premières années, j’y suis allée tous les dimanches soirs ! Je m’y sentais moins seule et j’y ai rencontré nombre de mes ami(e)s d’aujourd’hui. Alors être élue « miss Escualita », c’était presque naturel pour moi !"
Pierre Tellier