Soirées Transsexuelles à Paris
Escualita c'est tous les dimanches soirs à la LOCO dès minuit !

NOVA : NIGHT CLUBBING

Silicone Club
Une heure du matin, un dimanche soir parmi tant d'autres, boulevard de clichy la queue devant la LOCO assure le show.
Depuis mars dernier, la communauté travestis et transsexuelle a enfin son QG : les fameuses Escualita. Drivées à l'artistique par la sublime et charmante Elisabeth, les Escualita parisiennes n'ont pas grand chose à voir avec la boîte new-yorkaise éponyme, rendez-vous de la communauté latino gay. Avec son déluge de racailles Nikisées des pieds à la tête, ses gogos au string aussi mini que leur principale qualité est imposante et ses travestis aux spectacles mordants de vacherie, ce club est devenu l'escapade nocturne de tout visiteur un peu curieux de passage à Manhattan. Plongé dans une lumière rouge qui balaye la piste et sous une déluge de hard-house à la Tenaglia piquée d'excursions latines, l'arrivée à l'Escualita-Paris laisse le souffle court. Il y a bien longtemps qu'un club ne nous avait foutu direct un tel uppercut. Sur le podium, Star 69, pulpeuse blonde juste vêtue d'une robe qui, pliée en boule, doit tenir dans la paume de la main, esquisse des gestes que la morale réprouve. Une black harnachée de cuir moulant à la Tina Turner période Mad Max pête les plombs de manière très punk pendant qu'une autre, chaussée de guépières rouges vinyle à mi-cuisses et d'un bibi qui laisse échapper un mètre de cheveux filasses, fait penser qu'elle s'est échappée d'un clip de Pepsie & Shirley ou Mel & Kim. Si les drag-queens ont connu leur quart d'heure de gloire, les travestis et les transsexuelles n'ont jamais étéles bienvenus.

Ce que confirme Elisabeth : "Les clubs ne veulent pas de nous. Les drag, c'est OK. Mais les travestis et les transexuelles, ce n'est pas la peine. Ils disent qu'on vient là pour tapiner, voler ou faire des embrouilles." A la vue de l'atmosphère bon enfant et rigolarde, on se dit que les préjugés ont la peau dure. Un peu à l'image de la clientèle : si on y croise quelque 50 % de garçons plus ou moins hormonés, l'autre moitié est loin d'être un bataillon de folles perdues. En lieu et place, c'est le repaire des machos ? la petite semaine : jeunes mecs sexy, rouleurs de mécanique et au look sportswear/banlieue.

Pédé, moi ! Jamais !
Pour ceux qui s'étonneraient d'un tel public, Star 69 - conseiller beauté le jour et show-girl la nuit, sur le point de commencer les hormones - fournit les explications d'usage : "C'est connu, ces petits mecs ils nous kiffent gravent. Ils ont envie d'un petit coup vite fait bien fait. Mais tu sais comment on est nous les femmes, on cherche toutes le grand amour?" Le rapprochement affinitaire entre machos en herbe et travelos/trans n'est pas nouveau, des écrivains comme Genet ou Benderson ont largement documenté le phénomène.
Pourtant, inutile de suggèrer à ces jeunes durs à cuire, dont la testo bouillonne à flots face à ce poulailler à la féminité agressivement exacerbée, que leur attirance recèle peut-être d'obscurs désirs homosexuels enfouis ? A moins d'espérer secrètement se ramasser un coup de boule. Malgrès la tension sexuelle de la soirée, qui en fait la nuit la plus chargée en phéromones de Paris, c'est le package exubérance et franche camaraderie qui prime. Sur la piste, un black longiligne débite un flow à 180 BPM, virevolte et tourbillonne, embrasse un quinquagénaire juste coiffé d'une postiche et d'une robe fuseau en velours cochenille, croise trois blacks malabars sapés total Hugo Boss, avant de s'affaler dans un canapé et d'avouer son désarroi existentiel "C'est la soirée la plus drôle de Paris. Toute la journée, je décore des intérieurs que je remplis de meubles Cinna et Ligne Roset, tu parles d'une excitation." Pendant ce temps-là, une jeune racaille dont le paquet semble plus rempli que le crâne, branche désespérément tout ce qui se passe. C'est tout l'attrait de cette soirée.

A l'heure où sortir en boîte et gober un demi ecsta est devenu aussi excitant qu'un rallye à Saint-Germain en Laye, les Escualita rappellent par leur popularité et leur populisme que la nuit - et c'est ce qui fait sa force - toutes les chattes sont grises.

Patrick Thévenin


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