Elle vient de Papeete son papa était pêcheur, sa maman vendeuse en prêt-à-porter, elle a 21 ans : Angel, élue miss Trans 2002 a ouvert les portes de son appartement à notre reporter Vincent Bernière.
Ce n'est pas parce qu'on vient d'élire miss Trans 2002 au nez et à la barbe de madame de Fontenay qu'il faut se moquer.
Après tout, les trans eux aussiont droit à leur concours de beauté. D'autant que certaines d'entre elles n'ont rien à envier à leur rivales du beau sexe.
À part les pieds. Mais dans transexuel, il y a sexuel, et c'est souvent là que le bas blesse. La plupart du temps considérées comme de simples machines à fantasmes,
les trans sont avant tout des personnes. Le problème, c'est qu'elle ne se reconnaissent pas dans le sexe de leur identité, celui de la carte.
Almodovar
Pour ceux qui ne connaissent pas Hélène Hazera ni Jenny, qui n'ont jamais écouté Divine ni vu de films d'Almodovar, rappelons que le transexuel n'est pas un travesti.
Il ne se déguise pas. Opéré ou non, hormoné ou pas, c'est simplement une femme dans un corps d'homme. Un homme avec une cervelle de femme. Bref, une créature d'un autre genre. Le troisième sexe.
Petit ange des îles Angel, la lauréate 2002 du concours miss Trans 2002 organisé par Fouad, le boss des soirées Escualita, est née à Tahiti il y a 21 ans,
d'un père mécanicien et d'une mère vendeuse en prêt-à-porter. Elle porte bien son pseudo: un vrai petit ange des îles du haut de son mètre quatre-vingt. Brune, timide, la taille
mannequin, les yeux légèrement bridés, le teint mat et la peau délicate, elle répond à nos questions dans l'appartement de son boyfriend, dans le XXe arrondissement de Paris.
Céline Dion
Télé grand écran, Céline Dion à plein tube, Angel est accompagnée par Diana, trans militante du Past, une association de prévention et de défense des transexuels dont le bus circule tous les soirs au bois de Boulogne.
Mais on n'en saura pas plus sur le sujet. Car si la plupart des trans n'ont effectivement pas d'autres solutions pour gagner leur vie que de tapiner au bois, Angel "ne souhaite pas s'exprimer sur cette question".
Pragmatique, Diana ajoute : "Chacun sa vie privée."
A 19 ans, elle rencontre dans une boîte de Papeete un premier micheton qui l'emmène dans ses valises en métropole.
Trop jeune pour toucher le RMI, Angel fréquente le milieu trans de Paris.
Le Bras Papa pêcheur
L'enfance d'Angel se déroule gentiment, dit-elle, entre la pêche au filet dans les lagons bleus et l'école républicaine de Papeete: "Je me suis toujours sentie moi-même."
Mais vers les 12 ans, Angel s'aperçoit qu'elle est plus à l'aise dans les habits et l'attitude d'une fille que dans le rôle que lui attribue le petit attribut qui pendouille entre ses cuisses:
"Je préférais celle-là à celui d'avant."
Angel ne fera plus jamais marche arrière.
Galère
Sa sexualité ? "Pas envie de répondre."
A 19 ans, elle rencontre dans une boîte de Papeete un premier micheton qui l'emmène dans ses valises en métropole. Trop jeune
pour toucher le RMI, Angel fréquente le milieu trans de Paris. Elle traîne tous les dimanches soir a la LOCO, rencontre des copains chez qui elle squatte.
"J'aimerai bien trouver du boulot, vendeuse dans une boutique de mode, par exemple, mais je connais le truc : les gens me trouvent très mignonne mais dès qu'il faut
remplir les papiers, c'est la même galère."
Malades mentaux
Alors elle reste femme au foyer, rêvant de pouvoir un jour changer de sexe définitivement. "Les démarches sont hyper compliquées. Il faut aller voir des médecins, des psychologues, comme si on était des malades mentaux.
Pourtant, même si je dois souvent affronter le regard des autres sur moi, je me sens tout à fait normale."
L'élection de miss Trans 2002 ?
"C'était pour faire plaisir à mon copain. Ma mère était très contente."
Tour de poitrine
C'est sûr, parmi les 14 candidates du concours, miss Tahiti était la plus séduisante. Devant ceux qu'on appelle "les fans de trans" et sous les caméras du fournisseur de cul Internet CarpeDiem ("Let's make money together" : très élégant), les filles avaient d'abord défilé en
maillot de bain une pièce, laissant apercevoir, pour certaines, une plastique des plus parfaites, puis en robe de soirée, sous les commentaires éclairés de Galia Salimo, chroniqueuse sur Jimmy dans "Good as You" et
de la belle Cristall, ambassadrice des soirées Escualita mais qu'on on ne peut approcher que de loin, tour de poitrine oblige.
Le micro
déclinait les mensurations (taille mannequin), professions (coiffeuse, secrétaire, hôtesse de l'air) et hobbies (musique, danse, informatique) de miss Cuba, miss Brésil, miss Portugal (très mignonne), miss France (affreuse) ou miss Espagne
(une vraie chippie). Nous, on jouait le jeu jusqu'au bout: pendant que Gwen shootait les belles pour un prochain "Technikart", les coulisses s'animaient enfin. On en profitait pour dégotter quelques numéros. Miss Espagne,
qui avait paradé toute la soirée sûre de son coup, avait échoué en finale. Elle criait au complot: miss Tahiti avait été élue alors qu'elle n'était même pas opérée.
Ça, on y avait pas pensé.
Vincent Bernière