Un premier passage en bikini, un deuxième en robe de gala... Dans un désordre amusant, des bimbos aux dimensions de rêve, perchées sur d'interminables talons aiguilles,
arborent l'une après l'autre leurs longues jambes fuselées. Le Divan du monde, salle de concert branchée de Pigalle, accueillait ce samedi soir une cérémonie peu commune :
l'élection de Miss Escualita 2003 (traduire miss transexuelle).
Un phénomène débarqué il y a quatre ans de New-York et qui s'impose aujourd'hui avec force dans l'hexagone.
Pour ce rendez-vous dédié au «troisième genre», le Divan est noir de monde. Mélange surréaliste de créatures improbables, de gays très «fashion», de clubbers très simples, de jeunes filles médusées devant tant de réalisme, de sexagénaires aux yeux de velour...
«Ici, on ne sait plus qui est qui!, C’est à s’y méprendre...»
, sourit Alain, un habitué de 30 ans, cigare au bec. Le trouble est effectivement total.
« C'est un mec ou une nana qui t'a branché ? »
, ironise son copain Christophe, lunettes noires et bandana. Impossible de savoir.
Il est déjà 1 heure du matin et le public continue d'affluer. Grandes embrassades entre consoeurs, toutes paillettes dehors. Les faux cils se frôlent, les corps ondulent.
Des femmes à demi-nues prennent des pauses lascives devant des appareils photo.
Victoria aux couleurs de la France.
Au balcon, l'impatience devient bruyante, celle des parents et amis venus supporter les «filles». Le jury s'installe enfin sur les petites chaises pliantes :
ils sont cinq, issus du monde de la nuit, du X et des médias. Dans un français brouillé par l'espagnol, Elisabeth, superbe latino-américaine, tente d'ordonner la cérémonie.
L'affaire n'est pas aisée, la dame se perd dans ses fiches. Mais le public n'est pas déçu: les plus belles “trans” de la capitale sont ici, icônes de mode exhibant leur 90-60-90.
De quoi faire palir d'envie Catherine, jolie brunette de 25 ans, venue là «par hasard, pour voir»: «Il y a de quoi avoir des complexes»...
Parmi les douze candidates, nombreuses sont originaires d\’Asie ou d'Amérique latine. Seule Victoria, une parisienne de 25 ans, porte les couleurs de la France.
«Elle a l'air ringard»
, tranche l'une de ses consœurs dans le public, tandis qu'une autre pousse un cri admiratif
«Regarde ce corps: pas un gramme de cellulite, je suis jalouse!».
Avec ses airs de Jennifer Lopez et ses grandes réoles aux oreilles, c'est pourtant «Pérou», glissée
dans sa longue robe satinée rouge (???), qui semble remporter les suffrages.
«Hallucinant», répétent, ébahies, deux jeunes spectatrices, qui hésitent entre deux lauréates. Le jury aura la même incertitude: Tahiti- Pérou, ex aequo.
«C’était un bon cru cette année»
, s’enthousiame Fouad, 33 ans, l’organisateur de la soirée. Une raison de plus pour relancer les oirées «trans» Escualita - du nom du célèbre club
new-yorkais des «copinas latinas» - chaque dimanche soir, dans la boîte de nuit, LA LOCO ( A coté du moulin rouge, bld de clichy ).
Sophie Rabiller