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Transgenre : La communauté qui va bouleverser la société

Entretien avec Armand Hotminsky de l'association du CARITIG.

Actualites Associations : Qu'est-ce que CARITIG et depuis quand l'association existe-t-elle ?

Armand Hotminsky : Le CARITIG a été créé en 1995 sur ce constat flagrant qu'il n'y avait pas en France, de structure qui s'interroge sur la question de l'identité de genre dans toute sa diversité.
La majorité des personnes, y compris des médias, avait une perception très simpliste, avec d'un coté les travestis de l'autre coté les transsexuels. Les choses ne sont pas si simples que ça ! Le CARITIG a donc été créé sur ce principe et cette nécessité de faire connaître la diversité de l'identité de genre.

Actualites Associations : L'association CARITIG ne concerne que les transsexuels ?

Armand Hotminsky : Non. Avec très peu de moyens, CARITIG est une structure qui accueille et aide, mais est également une source de recherche et d'information générale auprès des professionnels. L'association réunit aussi bien des personnes de la mouvance queer, des transgenderistes, des transsexuels, des travestis que des étudiants, des médecins, des avocats, etc. Des gens très différents en somme. C'est à travers ce rassemblement que les gens peuvent découvrir leur identité dans cette diversité, et c'est ça aussi l'intéret de la structure.

Actualites Associations : On marche sur des oeufs en ce qui concerne les termes qui définissent les travestis, les transsexuels, etc. ?

Armand Hotminsky : C'est aux états unis que cette culture démarre. En 1993 j'ai découvert toute cette diversité d'individus, cette philosophie et cette culture transgenre. Il m'a semblé important d'apporter tout cela en France. Généralement, même si l'on considère au CARITIG que les gens se définissent comme ils le souhaitent, on a besoin d'éclaircir un peu les termes.
En France les gens sont perdus. On entend tout et n'importe quoi. Même si la définition des termes évolue constamment, ce qui rend parfois la compréhension difficile, globalement on arrive à situer les choses !
Transgenre : C'est une communauté. En aucun cas, le terme ne définit l'individu par rapport à sa propre démarche. Est transgenre, toute personne qui appartient à la communauté transgenre. Cette communauté regroupe en son sein les androgynes, les hermaphrodites, les Drag Queens, les Drag Kings, les transsexuels, les travestis, les transgendéristes, etc. Tous les individus qui travaillent ou jouent sur la notion de genre. Travesti Le travestissement n'est pas lié nécessairement au fétichisme. Ils ne touchent pas au corps, mais utilise le vêtement pour se présenter dans le sexe opposé. Pendant longtemps dans les médias on entendait parler des travestis hormonés. C'est une véritable aberration, un travesti n'est pas hormoné. Un travesti est une personne qui joue sur le vêtement. A partir du moment ou il y a hormonothérapie, donc traitement hormoné, on touche aux modifications corporelles, on est plus dans le travestissement mais dans le transgendérisme.
Transgendériste Le terme sous entend une féminisation généralement liée au traitement hormonal, meme si parfois ce n'est pas le cas, mais en tout cas pas liée à une opération génitale.
Transsexuel C'est une personne qui se ressent du sexe (du genre) opposé, qui prend des hormones et qui va jusqu'au stade opératoire génital. Limiter les définitions au transgendérisme, au travestisme et au transsexualisme est vraiment réducteur, la réalité est beaucoup plus diverses. Il y a des nuances difficiles à percevoir mais qui existent et sont importantes ! Ce qui est important au CARITIG, c'est que les gens puissent se définir comme ils le souhaitent et surtout qu'ils soient en conformité avec eux-meme. Le CARITIG est une structure qui est ouverte à tous ceux et celles qui souhaitent se définir au masculin ou au féminin, ou les deux.

Actualites Associations : Homosexualité et Transsexualité ?

Armand Hotminsky : C'est complexe. Un homme qui n'est pas encore opéré, qui se ressent femme et qui vit avec un homme est-il dans un rapport homosexuel ou hétérosexuel ? Je considère que c'est un rapport hétérosexuel. Ce qui définit les individus ce ne sont pas véritablement leurs organes génitaux, mais bien la façon dont eux-meme se définissent au niveau de leur genre, féminin ou masculin. Le cas chez les transsexuels à vocation masculine (FTM, Female to Male) est très intéressant. Prenons l'exemple d'une personne féminine (organes génitaux féminins et de la poitrine). Cette personne vit avec une compagne féminine hétérosexuelle, (qui n'a jamais eu d'expérience homosexuelle avec d'autres femmes).
Si on discute avec la compagne (hétérosexuelle), elle parle de "son compagnon", au masculin, bien qu'il ait de la poitrine et des organes génitaux féminins.
La compagne le reçoit et le ressent en tant que garçon. Et si ce garçon est avec cette fille, c'est précisément parce que sa compagne le ressent au masculin. A ce niveau là, il n'y a pas d'homosexualité.
Mais il y a aussi le cas de transsexuels qui sont homosexuels. C'est le cas d'un FTM (Female to Male) avec ou pas phalloplastie (opération chirurgicale qui tend à créer un sexe masculin), qui sort avec un garçon homosexuel. Ou se situe l'homosexualité ? Et bien la réponse dépend de l'identité de genre, et elle n'a pas de rapport avec les organes génitaux des individus.

Actualites Associations : Transsexualité et prostitution ?

Armand Hotminsky : La prostitution a toujours existé et ça existera toujours. Chez les femmes, les hommes, les travestis, etc. Chez les transsexuels elle existe comme partout. Elle est de fait associée aux transsexuels dans la mesure ou c'est une population mise en marge. Mais avec la création du RMI, les choses ont évolué. Les gens en général sont de plus en plus au courant de l'existence de la transsexualité, les individus transsexuels sont donc de moins en moins rejetés. On peut constater une diminution de la prostitution.

Actualites Associations : Est-ce que beaucoup de transsexuels se prostituent pour pouvoir se payer l'opération ?

Armand Hotminsky : Je pense que c'est plus compliqué que ça. Ce n'est pas le cas de la majorité. C'est lié ici comme ailleurs à l'itinéraire personnel, et à tout ce qui peut amener à la prostitution.

Actualites Associations : Y-a-t-il moins de - femmes - transexuels ?

Armand Hotminsky : Il y a autant de femmes que d'hommes qui sont dans cette quete de définition. Pendant pas mal d'années il y avait plus de transsexuels à vocation féminine qu'à vocation masculine. Mais c'est en train de se stabiliser, c'est aujourd'hui de l'ordre du 50/50.

Actualites Associations : Est-ce que le transsexualisme est un phénomène nouveau dans notre société ?

Armand Hotminsky : Pas du tout. Ca a toujours existé, il existe des cas d'opérations qui datent de 1912.
On retrouve des témoignages d'individus dans une démarche transgenre à toutes les époques.

Actualites Associations : A quelles difficultés sont confrontés les transsexuel(le)s lorsqu'ils/elles décident de changer de sexe ?

Armand Hotminsky : D'un point de vue médical, le problème que rencontre la population transgenre est avant tout une incompréhension du corps médical.
Par exemple, je suis le seul à parler du transgendérisme.
C'est un gros problème, l'aide aux personnes transgenre est compliquée parce qu'il faut tomber sur un médecin avec un minimum d'ouverture d'esprit. C'est plus difficile pour une personne transgendériste, que pour une personne transsexuelle. Parce que la personne transgendériste reste dans l'ambiguoté et ne cherche pas à se positionner dans un sexe ou dans l'autre. Meme si c'est en train de changer, le transsexuel est très conforme, il reste dans la norme et généralement, il est très stéréotypé.
Le travesti est encore perçu comme un pervers et je sais que certains psychiatres disent encore que les transgendéristes sont des monstres. Sur ce, définir seulement les genres par rapport au féminin/masculin, cette bi-polarité telle qu'on l'inflige à toute la population mondiale est quelque chose d'inacceptable. Le monde ne fonctionne pas comme ça.

Actualites Associations : Est-ce que les individus avec le souhait de changer de sexe sortent petit à petit de l'ombre ? Sont-ils en augmentation par rapport à avant ?

Armand Hotminsky : D'une certaine façon oui, parce que la médiatisation a permis de faciliter l'accès à l'information. Du fait que les médias commencent à en parler, les personnes qui sont en recherche par rapport à leur identité, ont plus de facilité pour accéder à l'information, donc on en voit plus. Certaines mauvaises langues ont dit qu'il s'agissait de médiagénie , comme si c'était une épidémie et comme si le transsexualisme pouvait s'attraper par les médias ! Ce qui est important c'est que du fait d'une meilleure circulation de l'information, les gens assument davantage. Ceux qui rejetaient leur transsexualisme, qui de façon conventionnelle, se mariaient avaient des enfants, commencent à assumer plus facilement, à mieux accepter de le vivre.

Actualites Associations : Est-ce que les individus sont accompagnés psychologiquement par les services médicaux, avant et après l'opération de changement de sexe ?

Armand Hotminsky : Surtout avant. La plupart des médecins et particulièrement les endocrinologues ne veulent pas prendre la responsabilité de l'acte chirurgical. L'acte est considéré comme une castration et du point de vue de l'endocrinologie, cela créait des modifications corporelles irréversibles qui rendent stérile. Dans l'ensemble, les individus s'appuient sur les psychiatres, ce qui de mon point de vue n'est pas ce qu'il y a de mieux. Je pense que le psychiatre doit être là pour un avis consultatif, mais il ne devrait pas être chargé de faire le suivi. Si la personne en fait vraiment la demande, un thérapeute doit être là pour accompagner dans les démarches. Mais généralement les transsexuels ne réalisent pas à quel point ça peut les aider. Beaucoup de problèmes rencontrés par les transsexuels pourraient être évités s'ils acceptaient un avis extérieur, qui leur permettrait un recul sur leur propre démarche.

Actualites Associations : Quels genres de problèmes ?

Armand Hotminsky : Des problèmes du type : Comment l'annoncer au travail, comment gérer la situation avec la famille. Il y a des transsexuels qui sont dans un rapport terriblement violent avec eux-même, qui ont enfermé ça au fond d'eux-mêmes, qui ont camouflé ça pendant des années. Le jour ou ça sort, ça n'est jamais sans dégâts psychologiques. Il faut pouvoir éviter d'en arriver là.

Actualites Associations : Comment se passe le changement d'état civil ?

Armand Hotminsky : Pour faire une demande de changement d'état civil, la personne doit être opérée. Donc les personnes transgendéristes ne peuvent pas faire la demande de changement d'état civil, mais peuvent, en revanche, obtenir un changement de prénom. Mais le problème, c'est que la mention du sexe est sur beaucoup de documents. Les transsexuels peuvent obtenir leur changement d'état civil en faisant une demande auprès du Tribunal de Grande Instance. Il est nécessaire d'avoir un avocat, c'est une procédure qui au niveau des délais est très variable, puisque ça peut aller de 6 mois à deux ans de procédure.
Le président du TGI (Tribunal de Grande Instance) peut demander une expertise médicale, ce qui ralentit les procédures. De plus et généralement, ce sont les personnes qui font la demande qui doivent payer la procédure d'expertise médicale, dont le cout est relativement élevé (1525 EUROS environ). Ce cout s'ajoute aux frais d'avocat et au cout de l'opération, de l'épilation et du traitement hormonal. Sans parler des soucis liés aux problèmes rencontrés dans le travail, dans les ménages, etc.
Au final, c'est souvent au prix d'une économie laborieuse et longue, ou d'un fort endettement que les individus peuvent s'engager dans les démarches.

Actualites Associations : Où les transsexuels peuvent-ils trouver un soutien psychologique ? Armand Hotminsky : Il y a une prise en charge qui est affligeante en France. Il est compliqué de se faire opérer en France, et les résultats opératoires ne sont pas ceux escomptés.
Donc la majorité des cas les personnes vont à l'étranger. Actuellement, elles ont tout à fait intérêt à y aller. Mais les choses évoluent constamment.

Actualites Associations : Après opération, les individus parviennent-ils à maintenir le lien avec leur famille ?

Armand Hotminsky : Il y a tous les cas de figure. Cela dépend de la configuration de la famille, comme pour les homosexuels. Mais on tend doucement vers le mieux.

Actualites Associations : Existe-t-il des associations pour aider les parents de transsexuels comme il en existe pour les parents d'homosexuels ?

Armand Hotminsky : On souhaite au sein du CARITIG développer des activités pour les parents de transsexuels, mais il y a pas mal de difficultés.
Nous allons bientot publier une brochure spécifique pour les parents de transsexuels.

Actualites Associations : Internet a-t-il joué un rôle important pour la communauté transgenre ?

Armand Hotminsky : La communauté transgenre était une population isolée. Internet a effectivement beaucoup contribué à donner une image positive, tout en permettant la circulation de l'information.

Actualites Associations : Quels sont les projets de l'association pour l'avenir ?

Armand Hotminsky : Faire connaître la culture Transgenre ! Dès octobre, la création du premier portail Transgenre, avec beaucoup d'infos sur l'histoire du transsexualisme par exemple.
Nous essayons également de créer une véritable revue trimestrielle. On prévoie de faire des publications à l'intention des professionnels, car nous sommes de plus en plus consultés par le corps médical, les assistants sociaux ou les étudiants. L'échange entre le CARITIG et les professionnels marche de mieux en mieux. On a plusieurs projets dans l'édition d'ouvrages, mais c'est difficile. La politique du CARITIG n'est pas d'assister, mais bien d'apporter des informations dans le but de responsabiliser. Et pour responsabiliser les individus, il faut qu'ils prennent conscience que leur vie leur appartient. Qu'ils n'ont pas à mettre leur vie dans les mains du corps médical. La communauté Transgenre doit comprendre qu'elle a des racines. C'est un mouvement, et de fait, il faut connaître sa culture, ses racines. Car il y a vraiment une culture.

Actualites Associations : Alors que jusque là, dans notre société, l'hétérosexualité était " parfaitement " identifiée, que l'homosexualité commence tout juste à être reconnue, on a l'impression que l'arrivée de la communauté transgenre et de ses valeurs va soudainement tout déranger et que chacun va désormais pouvoir choisir de se définir en fonction du genre dont il se ressent. Et ce, sans considération véritable de ses organes génitaux ?

Armand Hotminsky : Les transsexuels sont très conformistes, en revanche, les transgendéristes et aussi d'une certaine façon les travestis, qui ne se définissent pas dans un genre ou l'autre, perturbent la société par des changements corporels qui ne vont pas jusqu'à se conformer dans un genre ou l'autre. C'est ça qui déstabilise la société avant tout. Même si d'après moi un(e) transexuel(le) est transexuel(le) toute sa vie, une fois l'opération passée, les questions ne se posent plus pour elles/eux. Les transsexuels veulent rentrer dans la masse et se faire oublier. A l'inverse, la population transgendériste vient bousculer beaucoup de choses. Parce que cette population vient créer ce que vous appeler le troisième sexe. C'est un mouvement qui vient bousculer les théories Queer, en tout cas certaines. Le mouvement Queer, c'était de la philosophie. Le transgendérisme les met en application.

25/07/2001 - Laurence Hérédia


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Dimanche 4 avril 2010
 
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